Le clyte bélier
(clytus arietis / plagionotus arcuatus)
Fort heureusement, la tante Suzanne et l’oncle Robert se sont retirés dans leur villa avec pelouse immaculée juste après les fêtes. (lire chronique précédente)
En effet, quelques semaines après la callidie, c’est un insecte plus imposant qui a arpenté le mur de mon salon : le clyte bélier. Impossible de le confondre : il a une allure de guêpe avec sa robe jaune et noir en bandes alternées. Evidemment, il n’y a pas besoin d’un examen approfondi pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’une guêpe ! Cet insecte vole également, mais ses ailes sont cachées par des élytres. Donc au repos, la confusion est impossible. Sauf problème de vue ou volonté délibérée de tuer tout insecte jaune et noir… Une nuance toutefois : à quelque distance, lorsqu’il se déplace sans voler, on peut penser alors à une guêpe.
Finalement, c’est une robe assez pratique à porter car on peut créer l’effroi en ayant quelques similitudes avec un hyménoptère inquiétant.
J’ai ainsi mis en place une activité ludique où l’on précise au joueur qu’il va devoir supporter la présence de trois insectes dans sa voiture tout en continuant sa route. Six insectes sont présentés, mais il a la possibilité de choisir ses trois covoiturés. En réalité, tous les insectes présentés sont inoffensifs.
Mais le joueur a tendance à éliminer toujours les mêmes : plutôt les gros exemplaires, mais surtout ceux qui rappellent des insectes piqueurs. Le sirex géant (Urocerus gigas) est systématiquement écarté, et pourtant, il n’y a rien à craindre ! Son look de guêpe géante a l’effet d’un repoussoir, on ne le tue pas… on passe son chemin.
Et le frelon asiatique paraît moins inquiétant qu’un frelon européen.
Revenons au clyte bélier.
J’ai décidé de conserver l’exemplaire en le préparant sommairement (voir photo). Est-il toujours pertinent d’étaler ainsi des insectes..? Je consacrerai une future chronique sur ce thème… mais ma réponse se trouve en filigrane dans celle-ci.
L’insecte mesure à peu près deux centimètres, ce n’est pas un exploit d’écarter symétriquement les pattes et les antennes rousses de l’animal. Ai-je affaire à un mâle ou une femelle ? Dans le doute, je recherche sur le net quelques informations. Et là, surprise, il est signalé que l’insecte mesure quinze millimètres au maximum !
Mon clyte bélier n’est donc pas un bélier… mais un clyte arqué, de taille plus imposante.
Là, le doute n’est plus permis : les antennes et les pattes de mon exemplaire sont uniformément rousses, alors que le clyte arqué alterne le roux et le noir. Les antennes du clyte bélier sont courtes, celles du clyte arqué sont nettement plus longues… D’autres points sont faciles à vérifier, comme les deux taches derrière la tête, en avant du thorax.
Deux insectes très proches évidemment, des coléoptères cérambycidés dont les larves se développent dans les bois fraichement coupés. Un comportement proche de celui de la callidie.
Cette chronique a pour but de montrer qu’une identification rapide, sans manipulation, qui s’appuie sur des connaissances trop peu approfondies peut conduire à l’erreur. Le clyte bélier est commun, le clyte arqué l’est beaucoup moins, ce qui justifie en partie la méprise.
Bof… allez-vous penser. Ce n’est pas bien grave.
Et pourtant, si vous faites une confusion entre deux espèces de mésanges auprès d’un ornithologue, vous passez pour un débutant.
Les insectes sont sans doute des êtres vivants moins importants...
Il y a quelques années, j’animais des stages scolaires. Le public était du second degré, collégiens ou lycéens.
Un jour, devant un paysage granitique typique, entre chaos, landes et tourbières, j’ai évoqué « une lande à bruyère ». Un enseignant de sciences de la vie et de la terre corrigea mes propos en distinguant une « lande à callune ».
Mais, plein de sollicitude, il ajouta que l’on pouvait dire aussi « lande à fausse bruyère », ce qui eût le mérite de clore le débat vis-à-vis du public, car l’objet de l’étude était les relations entre carte, roche et paysage. La végétation et la botanique n’était pas vraiment l’objet du stage… et pour tout dire j’étais bien incapable de distinguer les deux.
Quelques semaines plus tard, dans le même cadre naturel, me souvenant des propos de mon collègue, j’ai décrit une « lande à callune ». Un autre enseignant, vis-à-vis des stagiaires ajouta : « la callune, c’est une variété de bruyère ».
Bref, je suis passé de stage en stage à parler de fausse bruyère ou de callune… en étant toujours incapable de distinguer la vraie de la fausse, mais en cultivant l’apparence...
J’ai décidé de mettre fin à cette carence il y a quelques jours, au cours d’une promenade, toujours en milieu acide.
En fait, la comparaison est très simple : si les deux plantes peuvent se confondre à quelque distance, la distinction est évidente lorsque l’on observe même sommairement la plante. Les quatre photos ci-dessous montrent les différences, que ce soit au niveau des feuilles ou des fleurs. En haut, la bruyère, au-dessous, la callune.
Pour la bruyère commune (erica cinerea), les feuilles sont en forme d’aiguilles et implantées en cercle autour de la tige. Pour la callune (calluna vulgaris), les feuilles ressemblent à de petites plaquettes implantées en épi tout au long de la tige. Pour les fleurs, la distinction est toute aussi aisée : la bruyère a des fleurs plus allongées, qui ressemblent à des petits grelots. La callune a des fleurs avec des pétales bien distincts.
Evidemment, j’ai regretté de ne pas avoir appréhendé cette distinction auprès des élèves lors des stages : c’était facile… Reste à trouver une procédé mnémotechnique pour ne pas inverser le nom des plantes et leur description.
Quel est l’intérêt de savoir distinguer bruyère et callune ?
Il suffit de s’inscrire à une sortie naturaliste en automne, par exemple ornithologique., dans une région riche en bruyère ou callune. Vous passerez aussitôt pour ignare si vous ne distinguez pas le chant de la fauvette grisette de celui du pipit farlouse.
Vous l’avez compris : dès que le mot bruyère sera prononcé, partez immédiatement à la charge !
Car la callune est plus commune. Elle est même unique dans les Alpes.
Mais attention ! À l’endroit où j’ai réalisé les photographies ci-dessus, les deux espèces cohabitaient, pour le plus grand plaisir des yeux, car la callune est d’un rose un peu plus pâle que la bruyère.